CHAPITEAU A DAKAR

Fiche technique

Chef de projet
Jean Lorin

Construire avec ce qu’il y a

Jean- Michel Bruyère est mon ami, je le connais depuis deux heures et c’est mon ami.
Il est homme à tout faire de la culture.
Il est généreux.
Il s’occupe depuis quelques années d’un centre pour enfants errants à Dakar, qui s’appelle MAN-KENEEN-KI
Man-Keneen-Ki
En 1997, quelques mois après le commencement des rencontres et des travaux d’écriture avec douze enfants errants de Dakar, Jean Michel Bruyère sollicite Oumar Sall (écrivain) et Kan-si (plasticien) pour fonder ensemble Man-Keneen-Ki, une association sénégalaise d’artistes pour l’aide aux enfants errants. Man-Keneen-Ki prend en charge, soigne et éduque des enfants et jeunes errants. La fabriks et Man-Keneen-Ki ont déjà créé de nombreuses occasions à l’expression des enfants errants : des films, des spectacles, des expositions.

Avec rien ou si peu, il fait vivre deux groupes d’enfants, entre dix et vingt ans
Il fait en sorte qu’ils soient soignés, nourris, logés
Qu’ils apprennent à lire et à écrire,
Qu’ils participent et qu’ils fassent des spectacles et de l’art.
Il prend du temps pour parler, pour comprendre, pour négocier et pour imposer, les « quoi » qui ponctuent chacune de ses phrases laissent place à de longs silences éloquents d’évidence.
Certains de ces enfants des rues sont devenus des photographes ou des peintres reconnus.
D’autres se présentent ; metteur en scène ; régisseur ; acteur.
C’est pas pour rigoler, c’est pas pour s’occuper, c’est leur métier !

Jean-michel fait des spectacles dans le monde entier avec eux, mais pas chez eux.
Il m’a alors demandé de lui inventer un chapiteau pour qu’ils puissent faire leur spectacle à Dakar. Parfois, quand ils y parviennent, c’est une fête énorme.
Le cahier des charges pourrait se décrire ainsi.
Il faut que ce soit le chapiteau le plus solide et le plus facile à monter du monde.
Il faut qu’il puisse être transportable sur des charrettes.
Parce qu’il n’est pas question de louer un camion ou d’utiliser des matériaux sophistiqués.
Il faut utiliser le savoir-faire de la rue, l’empire de la débrouille, le sens inné de la construction ; la véritable essence de la construction ; la nécessité.
C’est à l’encontre de tous les réflexes que peut connaître un architecte en occident
C’est pourtant la nature même de ce métier.

Il faut qu’il soit beau
Beau comme un baobab perdu dans la mangrove

Que l’on ne s’y trompe pas, il s’agit d’un projet extrêmement ambitieux, viscéralement culturel, parfaitement actuel et complètement adapté.
La charrette transporte des tubes de métal qui s’emboîtent sur les bras d’attelage des charrettes pour créer une halle. On la recouvre avec des nattes en plastique multicolore.
D’autres charrettes sont transformées en gradin.
On suspend quelques lampes, on tend un paravent
Le plateau est fait de palettes de bois poncées
Et le projet est né, la magie est là parce que ce projet est vrai