LE SUR-MARIN
Nouvelle ère
De prime abord, Manosque est une ville de Provence en pleine explosion urbanistique. Située en limite du parc du Luberon et aux pieds des Alpes, la nature est ici puissante ! Même si Manosque est riche de traditions, elle ne doit pas rater son entrée dans ce siècle. Pourtant, physiquement, déjà l’accès à la ville est bouleversé. La partie haute de la zone qui nous concerne est assez dense en construction à dominantes commerciales de piètre qualité. C’est malheureusement le cas de toutes nos villes,il y aurait beaucoup à dire et fort à faire. Surplombant la parcelle, il y a un autre lycée très régional celui-là. Il est flambant neuf et pour le moins marquant. En dessous, il y aura l’hôpital qui ne pourra faire autrement que d’être voyant dans son mail planté, bien organisé. Entre les deux, il y a nous ! Un verger de pomme de 10 ha avec une simple petite bâtisse dessus, deux gros platanes et quelques autres végétaux.
Nouvelle Aire
Il faut donc trouver une aire d’accueil à tous ces gens d’ailleurs, un parvis emblématique et identitaire clairement dissocié. Toutes les générations venues du monde entier vont se croiser de la naissance à la fin de l’adolescence. Les élèves devront se sentir dans un endroit unique et il faudra qu’ils sachent où il se trouve ! Notre souhait est de proposer un lieu dans lequel on change d’échelle, où la végétation n’est plus la même, où les bâtiments ne ressemblent ni à l’hôpital, ni aux maisons avoisinantes. Une imperceptible mise en cause de nos repères pour rentrer dans le site, être ici et ailleurs dans le même temps, une sorte d’abolition des frontières dans un souci d‘extraterritorialité, la moindre des choses en fait, pour une cité scolaire internationale,une terre d’accueil en somme.
L’enjeu est de taille, la symbolique d’une violente actualité, comment ne pas y voir un acte politique majeur au sens propre du terme ? Il s’agit d’affirmer un lieu de rencontre de toutes les cultures dans le plus grand respect mutuel et dans un souci de convivialité. Hors de la vue des institutions ultra centralisées et omnipotentes de la capitale. Rien moins qu’à peu prés l’inverse des images du monde dont on est abreuvé à longueur de journée.
Que l’on ne s’y trompe pas, aucune ne manque, les valeurs véhiculées par ce projet sont d’une farouche modernité. Elles sont le gage d’un futur possible.
Nouvel air
Tout autour partout et ça va continuer, tout est chamboulé en fonction des besoins, c’est certain. Mais en dépit du bon sens. Ce qui fait sens sur ce site c’est de le laisser tranquille. Nous devons donc nous contenter de donner des pistes pour laisser à chacun le choix, « choisir c’est être libre ». Nous créons un espace de liberté en quelque sorte ; pour un collège un lycée ...C’est un beau défi. Nous allons alors travailler sur la topographie du site pour y inscrire notre projet. Libérer le sol pour permettre à l’oeil de s’échapper. Il faut raisonner sur l’ensemble du territoire et pas sur un fractionnement qui amène une échelle trop préhensible du site. Il faut pouvoir s’y perdre d’abord pour mieux s’y retrouver ensuite.
Les bâtiments s’inscrivent dans un parcours continu, ce qui leur permet d’être pénétrés par le parc tout en offrant des cadres sur celui-ci, et de s’ouvrir sur des cours en toute intimité. Très longilignes, Ils créent un horizon artificiel. Les toits sont des traces oniriques ludiques et esthétiques dans la canopée des graminés. Non seulement la cinquième façade est prise en compte et fait perdurer la tradition des « toits de Manosque » mais aussi la sixième, le ventre puisque ce procédé linéaire dialogue avec la terre et vient créer un espace intersticiel C’est 20 000 lieux sur les mers, un hommage à Jules Verne, un projet surnaturel.
Littéralement on chercherait à retranscrire la légèreté par une structure tramée en bas et un matériau léger en haut. C’est logique mais pas très beau parce que nous serions contraints de lire une trame en RDC. L’effet désiré sera atteint lorsque le brouillage de la lecture et la perte de repère seront réussis Si on procède à ce que l’on sait faire, ce que les entreprises d’ici peuvent réaliser et, à une inversion de la chose attendue, on change d’échelle et on parvient à nos fins. C’est un projet baroque et sensuel, radical et jovial...
Le bâtiment est porté par des « bulles de béton » de différentes formes. C’est une carène de béton qui se patine naturellement. Il est fragmenté pour laisser passer la lumière, offrir des vues et illuminer la nuit. Le fait de ne pas lire la trame porteuse rendra ce colossal ensemble, léger comme une plume.
Ainsi constitué, le bâtiment deviendra surnaturel, au sens propre du terme...
Tanger











