LE CARREAU DES HALLES

A ce stade du projet

Etre responsable ou raisonnable ?
Il ne faut y voir qu’une intuition raisonnée, inspirée d’une citation de Picabia :
« L’émotion indisciplinée enrichit la conscience. »

Peut-être ne s’agit-il que de la volonté de s’extirper d’une situation où il nous est demandé de manière policée et autoritaire, d’adopter une posture qui ne peut être qu’une imposture puisqu’en conscience, on sait avant même de faire le projet que la réponse ne pourra pas être à la hauteur de l’enjeu qui dépasse le strict cadre du programme où de l’individu, mais qui se place dans la genèse du cœur de Paris. Il nous faut être imparable, irréfutable et iconoclaste. Il n’y a pas, il ne peut y avoir de modèle, ce lieu n’a pas d’équivalent.

A ce stade du projet, je ne crois pas que nous devionsni ne puissions avoir une image définitive, si je devais choisir, là tout de suite, je dirais qu’il faut un outil capable, un système, pour répondre à tous les programmes possibles qui suivront. Aujourd’hui, ils ne sont que des prétextes.

Mes raisons sont forcément subjectives, il n’y a pas d’objectivité dans un acte créatif, juste une prise de risque obligatoire et réfléchie. Le projet existant en l’état n’est pas mauvais parce que les champignons sont ronds ou les verrières ratées, ce projet est une aberration parce que son rapport au sol est un non sens.

Il déconnecte le lieu de la vie et de la ville. _Toute gymnastique sémantique ne cachera pas la misère de ce lieu. _Il faut appeler un chat un chat ce trou n’est pas un carreau, ni une halle et ni un forum, c’est un trou. Au mieux, il remplit une fonction de siphon de lavabo à banlieusards. Est-ce cela que l’on doit préserver ?

Doit on accepter un tel cynisme sans broncher ?

Est-on devenu à ce point frileux, pour considérer que Beaubourg est un vestige du passé, symbole d’une audace révolue ?

S’il y a aujourd’hui un concours, ça n’est pas parce qu’il y a un problème en surface, mais bien parce qu’il y a aussi un problème en sous sol. D’ailleurs, les mots ne trichent pas. Si on parle de surface, c’est que dans l’esprit des gens, il ne s’agit pas du sol naturel. Il y a donc un sous sol, une surface et il nous est demandé de faire un sur-sol.

Arrêtons ne nous cacher derrière un petit doigt, il n’est pas question seulement d’un programme de jardin des saveurs, bibliothèque ou auditorium, il s’agit de faire la place non pas de Paris mais de l’île de France (800 000 personnes par jour), c’est le ventre de cette ville, voire même ses tripes.

Comment dés lors considérer que cette place puisse être planquée, camouflée, cachée, dissimulée derrière des haies de bosquets, comment penser qu’un pont pourra lui donner l’ampleur qui doit être la sienne ?

Comment faire comme si de rien était ?

Il ne saurait être question d’un projet de cosmétique, il s’agit de redonner toute sa noblesse à une place par essence populaire, le seul et unique véritable espace public de Paris intra et extra muros.

Alors oui, c’est un projet en excavation, partout où on le peut, on doit chercher à amener la lumière au cœur de ce centre qui ne peut rester une sorte de nivellement par le bas. Il faut exhumer (et c’est dans l’histoire du lieu, la Fontaine des Innocents est un ancien cimetière d’enfants), le sous sol pour que le niveau de référence soit commun du R+2 au R-3.

On ne pourra pas régler cette affaire avec une histoire de trame grise et de trame verte, des fonctions et des programmes opportunistes, des aplats technocratiques : que l’on travaille au centre de Paris , à Limeil Brevannes où à Entraigues, les plans sont tous identiques à quelques dimensions près. Pourtant Paris n’est pas Londres, elle n’est pas faite pour que son coeur soit un parc mais plutôt un eden. La cité ça grouille, ça vit, ça fait du bruit, c’est là que le sang afflux, il faut pouvoir ressentir physiquement la dimension du temps dans ses pieds pour connaître une ville, On a besoin de toucher terre en son centre. Paris, comme Rome, est une ville profonde, pas à cause du métro et du RER, mais parce qu’on ne la comprend jamais vraiment si on ne monte pas, et si on ne va pas dans son antre.

Doux rêveur limite imbécile me direz-vous ? Certes, maintenant qu’on prend l’air dans les jardineries et qu’on se cultive chez Leclerc, c’est se battre contre les moulins. C’est vrai mais au moins, on se bat ! Le coeur d’une ville peut être rêvé comme un lieu d’expressions et pas seulement un lieu de consommation. Le forum et l’agora étaient des sols, où sont-elles ces halles dont le lieu porte pourtant le nom ?

En Italie, il y a toujours cette mémoire de la place au coeur de la cité, et c’est leur sol qui raconte l’histoire de la ville.
A quoi tout cela ressemble–t-il ?
Je citerai à nouveau Picabia en disant que « le beau est relatif à l’intérêt qu’il crée ». Et puisqu’il nous faut être sage, pour espérer gagner, alors
« La sagesse n’est qu’un gros nuage sur l’horizon ».

Enfin, moi ce que j’en dis….