NIMROD

Fiche technique

Résidence pour étudiants et chercheurs, 168 logements locatifs sociaux et locaux commerciaux, Zac de la gare de Rungis, PARIS XIIIème

avec le concours de

DVVD

avec la collaboration de
Marc Kauffmann
Clotilde Berrou
Thomas Brétignière
Philippe Paoli
Emilien Perroton

REMEDE AU VERTIGE DU PLAT


Nimrod est le nom de l’expédition de Shakleton dans la baie des baleines. C’était le nom de son voilier et en arabe ça vient d’un verbe qui veut dire se rebeller, et puis dans la bible c’est le roi de Babel qui a construit la tour.

Dans la zac de Rungis, tout semble avoir été pensé, repenser tourné 1000 fois pour que rien ne soit laissé à l’appréciation de chacun, comme si l’architecte n’était pas capable de comprendre, d’analyser, de synthétiser pour proposer.
D’où viens cette volonté irraisonnée de tout standardiser ? Ce concours doit servir à çà, éviter le piège du standard imposé pour trouver la faille.
Il y a une faille… il y a toujours une faille !
Il faut chercher à s’intéresser à ce qui manque à cette accumulation, de règles pour qu’elle ne soit pas vivable mais vivante. Oublier la tabula rasa que l’on voit pour sentir de la chair, de l’épaisseur, du sens, des sens …
Il s’agit de logements, et quand on vit en ville chez soi est le seul endroit du monde où on est soi, rien que soi, un logement c’est un retour aux sources :
Ce projet c’est l’origine du monde.

Pour l’instant la ville ici n’est que virtuelle, la géographie enfouie par les terrassements ferroviaires et c’est ici pourtant que l’on va installer son lit pour rêver.
Alors pas question de faire de cette mise à plat une mise en forme, une mise en volume, une mise en perspective.
Imaginons un paysage, composons l’architecture comme le paysage. Faisons l’espace avec le temps, un projet à la recherche de la sensualité et de la profondeur du temps. Un projet en quatre dimensions dans l’espace de Minkowski …

La composition pressentie fait de notre bâti le mur de scène de cette scénographie urbaine.
C’est grâce au vide que l’on peut résister et proposer des lieux de dialogue avec le contexte ou avec son voisin.

Nous ferons un bâtiment qui respire, qui prend l’air comme une voile qui faseye avant la risée, on prend le volume et on l’érode pour chercher l’air. On façonne le vide et lui fera le reste, on creuse pour voir le cœur … on ne fait pas une place on fait une crique, un abri géographique dans lequel on se love tranquille, une sensation de nature, un paysage qui vibre et qui brille, pas d’arbres, pas de plantes, pas de vert, mais des fleurs de rouille qui se modifieront selon les saisons Des lianes de lumières, pour aller de balcon en balcon, une canopée de reflets, comme le gemme cristallin d’un gros rocher protecteur. Un jardin d’éléments abstraits, où les végétaux au nom latin compliqués et à l’entretien couteux sont remplacés par des lueurs , des couleurs des ombres et des scintillements.
Ici on est ailleurs, on est loin, on est chez soi !

Les arbres ça rassure en ville, mais pas tant que ça … ça devient du mobilier, la marque de la ville finalement, ce qui manque c’est le ciel, la lumière, l’horizon, l’épaisseur, la profondeur des choses impalpables …Ce n’est pas un projet vert mais un projet vers…

“L’oeuvre d’art ne s’obtient que par contrainte et par la soumission du réalisme à l’idée de beauté préconçue”
(André Gide)