La rivière du Loup, c’est ce que ça veut dire la Bléone.
C’est un joli nom, une belle identité.
C’est une chance très rare de pouvoir contempler une rivière.
Ça ouvre des points des vues , des profondeurs de champs. Ça remet les idées en perspectives. Ça flatte les sens. Comment se priver d’une si belle opportunité ?
Territoire
Le Lycée est dans cette vallée, dans le lit de la rivière. Une digue sur une berge et on draine de l’autre pour assécher et pouvoir construire, c’est ainsi que la ville se construit dans toutes les vallées alpines.
C’est de çà qu’il faut s’inspirer. Jouir du paysage pour se laisser transporter.
L’architecture actuelle du Lycée Gilles de Gennes ne tient pas compte de cette particularité. Elle s’articule en plots plus ou moins gros, formants des angles brisés comme des fractures du fémur.
On a envie de les soigner, de les réparer pour qu’ils puissent se remettre de leur douleur. Ils semblent avoir été contraints de s’adapter à une topographie compliquée ou inventée. Mais nous sommes sur un terrain plat et cette topographie n’existe pas. Les espaces extérieurs qui en résultent subissent l’étrangeté du plan actuel et n’offrent pas de qualités spatiales.
Il faut être franc et remettre ce lycée à la hauteur du nom qu’il porte, à la hauteur des ambitions de la région.
Lui donner de l’envergure et du plaisir à vivre et de la fierté à être.
Paysages aux balcons.
Le futur se vit au présent, c’est une question de conjugaison, il faut accorder ces bâtiments au présent pour qu’ils puissent s’adapter au futur.
Voilà notre nouvelle règle grammaticale. Alors tout devient simple, en privilégiant l’usage, le jeu et la prise en compte de l’ensemble de ce territoire, en se donnant le choix et la liberté de faire. La vue sur la rivière de l’internat actuel est barrée par l’externat qui lui restera là. Entre les deux nous créons un parc, une forêt de Mélèzes, de l’or au rouge et du blanc au noir selon les saisons. Les bâtiments poussent parmi les arbres et montent pour accrocher la lumière et offrir grand cadre ou toute hauteur la vue sur la rivière.
Il y a maintenant de l’air entre eux, des interstices qui proposent des espaces singuliers tous différents, un dessus et un dessous et pas seulement un dedans et un dehors. Un lieu qui s’offre. Ils jouent avec les éléments, le ciel , le vent, les ombres et les points de vues. Ils font corps avec le paysage qui les accueillent. Chacun d’eux devient la sentinelle de la rivière du Loup. Ils font penser à des cargos à terre qui racontent des histoires d’ailleurs, et font voyager. Ils sont venus là, se reposer enfin, se poser à jamais, épuisés, fatigués par une vie de débauches et d’excès, d’aventures et de fêlures. Assez de rafistolages brinquebalants et d’horizons mouvants. Ils veulent prendre leur temps, être enfin au sec et au calme. Le flux de la rivière passent devant eux, leurs imaginaires continuent de naviguer dans l’onde mais eux restent là, forts et sereins. Ils attirent le regard inévitablement, les envies de savoir et d’exploration, mais qui sont-ils vraiment ?
Ce sont les vigies silencieuses de ce lieu, leur passé leur appartient, ce qu’ils nous disent par contre, c’est qu’une nouvelle histoire va commencer.
Rivière de diamants







